Full text
L’amour de l’archéologie est une forme particulière de leur patriotisme.
Gaston Deschamps, La Grèce d’aujourd’hui, Paris 1894, p. 354.
En février 1856, deux journaux athéniens publiaient une annonce assez singulière. Dans le premier on lisait : « Le fameux Simonides a été emprisonné à Leipzig sur la demande du gouvernement prussien pour avoir vendu au roi de Prusse deux faux manuscrits d’Uranius
1 » ; et dans le second, quelques jours plus tard :
En Allemagne la Question d’Orient a été presque oubliée au profit d’une affaire bien plus importante, celle de Simonides-Dindorf. Assurément, les exploits de Simonides vous sont connus. Dès qu’il est apparu au public, il a su toucher la corde sensible de chaque nation qu’il se proposait de tromper. Aux universitaires athéniens il a montré des
Iliade, des
Odyssée, des vers dorés de Pythagore, etc. À Constantinople, il a montré aux Turcs des corans et à nos religieux de nouvelles vies de saints, des synaxaires et des descriptions de monastères. Aux Anglais pragmatiques et matérialistes d’Oxford (qui ne sont doués que pour les machines) il a montré des manuscrits ; et aux Allemands, qui sont plus scientifiques, de soi‑disant palimpsestes
2.
Qu’en est‑il aujourd’hui de ce « fameux » Simonides, qui avait réussi à devenir, au cœur du xixe siècle et de l’Europe, le sujet d’une actualité plus brûlante encore que la « Question d’Orient » ? Depuis quelque temps, les exploits de Constantin Simonides, dont l’histoire aurait pu être inventée, se retrouvent au goût du jour. Le renouvellement de l’intérêt pour ce « faussaire qui trompa l’Europe et inventa l’Antiquité
3 » remonte à la controverse qui eut lieu autour du papyrus dit « d’Artémidore » au début de notre siècle. Ce papyrus illustré du ier siècle après J. C. fut révélé en 1998 par les papyrologues Claudio Gallazzi et Bärbel Kramer dans la revue
Archiv für Papyrusforschung ; acheté pour quelques millions d’euros par la
Fondazione per l’Arte de la Compagnie San Paolo de Turin et exposé en 2006 au
Palazzo Bricherasio comme un précieux vestige de la
Géographie d’Artémidore, il fut dénoncé comme étant un faux par le grand helléniste italien Luciano Canfora. Dans une dizaine de monographies et d’ouvrages collectifs publiés entre 2007 et 2012, Canfora, assisté de Luciano Bossina et d’autres philologues classiques, révéla la « meravigliosa storia del falso Artemidoro », qu’il attribua au faussaire grec du xixe siècle Constantin Simonides
4. «
Simonides strikes again » : ainsi s’intitulait une recension de son premier livre,
The True History of the So‑called Artemidorus Papyrus, dans TLS le 22 février 2008.
La méthode de la révélation de la fraude par les deux philologues italiens s’avère passionnante. Leur démarche est en premier lieu linguistique : en connaisseurs des divers écrits signés de Simonides, ils signalent des ressemblances marquantes entre des phrases, des locutions et des formulations du papyrus d’Artémidore et celles utilisées par le faussaire dans ses éditions ; ils découvrent dans le texte d’Artémidore d’Éphèse des tournures propres à certaines langues modernes ou empruntées à la langue byzantine et post-byzantine, tout comme au grec savant du xixe siècle (katharévoussa)
5. Malgré tout, la polémique italo-allemande sur l’authenticité du manuscrit se poursuit jusqu’à nos jours
6.
De nombreux détails de la vie et de l’œuvre de ce « Fantômas de l’archéologie » ou de ce « clown de la philologie », ainsi qu’il est qualifié dans la bibliographie
7, nous sont parvenus. Ainsi, on trouve explorées dans les actes d’un colloque international et interdisciplinaire organisé à Vienne en 2014, d’une part, les sources disparates et souvent contradictoires de son parcours et de ses aventures à travers l’Europe et, de l’autre, les différents aspects de la « science dupée » par un véritable génie du mensonge
8. Il est vrai que les lieux et les dates de sa naissance et de sa mort restent encore incertains, puisqu’ils n’ont d’autre garantie que les attestations semées par ce mythomane ingénieux dans maints ego-documents : ainsi, dans une édition de ses autographes réalisée à Moscou en 1853 sous le pseudonyme de Kallinikos, moine de Thessalonique, ou dans une biographie, rédigée et publiée à Londres en 1859 par un certain Charles Stewart non identifiable par la recherche sinon avec celui qui signait des mêmes initiales : « C. S. », à savoir Constantin Simonides
9. Sa méthode pour brouiller les pistes est évidente dans une lettre publiée dans le journal
The Guardian :
Some […] state that I was born on Mount Athos, whereas at Athos no women are to be found […]. Some set me down as eighty-seven years of age, married, and the father of twenty-four children […]. Some again say that I am from Trebizond, Byzantium, Cappadocia, Odessa, Patara, Acanthus, Rhodes […]. Some write that I am a native of Abyssinia, because I have a very dark complexion. Each wrote and said what he pleased
10.
Simonides se nourrissait des rumeurs circulant autour de sa personne. Mais d’après les sources et aussi ses propres dires, il serait né entre 1818 et 1824 dans une petite île du Dodécanèse, Symi, ou bien dans un bateau militaire au milieu du port d’Hydra, dans le golfe Saronique
11, et il serait mort de la lèpre à la fin du mois de septembre 1867 en Égypte − comme l’avait annoncé un mois plus tard Dimitrios Rhodokanakis, un Grec de la diaspora, aux antiquaires et aux bibliophiles britanniques Thomas Phillips (1792–1872) et John Eliot Hodgkin (1829–1912), et comme l’avait ensuite confirmé le journal grec
Aion (le 22 avril 1868)
12 − ou alors en octobre 1890 dans un village albanais, d’après l’annonce du
Times de Londres
13, reprise par d’autres journaux, américains et grecs. Une dédicace au médecin et antiquaire Alexander Craig Gibson, datée du 9[21] août 1869, dans un exemplaire de son livre
Vestiges historiques (
Λείψανα ιστορικά), qui se trouve à la bibliothèque Sackler d’Oxford, ainsi que sa présence attestée cette même année à Moscou montrent toutefois que, deux ans après son prétendu décès, Simonides était encore en pleine activité
14.
Si les données relatives à sa vie sont souvent remises en cause, en revanche, ses activités intellectuelles et frauduleuses entre 1853 et 1865, en Angleterre et en Allemagne, son passage par la France et l’Autriche, ont été scrupuleusement reconstitués dans une série de publications récentes
15. Il est donc incontestable qu’avant de se faire arrêter en Prusse, Simonides avait réussi à vendre quelques feuilles de ses vieux manuscrits à la
British Library, mais sans pouvoir convaincre son directeur Sir Frederic Madden (1801–1873) ni Henry Coxe (1811–1881), le conservateur de la bibliothèque Bodléienne, d’acheter ses parchemins, qu’il a pu vendre ensuite au collectionneur Sir Thomas Phillipps ; dans les années 1860, malgré l’avis adressé aux bibliothécaires et aux amateurs de manuscrits signé de l’orientaliste et diplomate Andreas Mordtmann (1811–1879) et traduit dans
The Athenaeum, il put céder une trentaine de papyrus aux antiquaires Joseph Mayer (1803–1886) et John Eliot Hodgkin à Liverpool
16. Cette collection représentait des « découvertes » sensationnelles : les premiers chapitres de la Genèse, l’Évangile selon Matthieu, le
Périple d’Hannon, etc. Après les avoir examinés, en janvier 1863, une commission de spécialistes de la
Royal Literary Society parvint à la conclusion que tous les papyrus étaient faux
17. Les publications savantes de Simonides sur les hiéroglyphes égyptiens, les textes bibliques, etc., accompagnaient cet heureux commerce
18.
Entre-temps, arrivé à Leipzig en 1855, le faussaire exerça admirablement l’art des palimpsestes. Le scandale Simonides-Dindorf éclata à l’occasion de la vente d’un palimpseste de soixante et onze feuilles de parchemin contenant le texte d’Uranius d’Alexandrie, auteur mentionné par Étienne de Byzance, sur les rois d’Égypte. Passionné par cette découverte, l’helléniste Karl Wilhelm Dindorf (1802–1883) procéda à l’édition de certains fragments chez « Clarendon Press » à Oxford
19, acheta le manuscrit et voulut le revendre à l’Académie de Berlin. C’est grâce à l’intervention du théologien et paléographe Konstantin von Tischendorf (1815–1874) et à la dénonciation d’un ancien compagnon de Simonides, Alexandre Lykourgos (1827–1875), qui l’avait accueilli à Leipzig, que le faux fut révélé
20. Simonides restera incarcéré à Berlin pendant dix‑sept jours. Avant cette date, il avait pourtant réussi à vendre à la bibliothèque universitaire de Leipzig un autre palimpseste, celui du
Pasteur d’Hermas – un texte connu par sa traduction latine dont il présentait maintenant l’original grec qu’il aurait trouvé au mont Athos. Une feuille fut acquise par la Bibliothèque de la Cour de Vienne (
Cod. Suppl. Gr. 119)
21. On retrouve ses traces à Munich où il publie l’apologie de ses récentes prouesses avant de quitter l’Allemagne
22.
La technique de Simonides − de ce « cauchemar des paléographes » − était en effet spectaculaire : calligraphe, il était capable de reproduire des textes anciens sur des feuilles de parchemin soustraites à des bibliothèques de monastères ; ingénieux, il était en mesure d’éditer des œuvres fabriquées et de fabriquer à partir d’éditions existantes des manuscrits anciens ou des palimpsestes qu’aucun examen paléographique, aucune analyse chimique de son temps ne pouvait remettre en cause. Un de ses derniers tours de force en Angleterre fut sa vengeance contre Tischendorf, lorsque celui‑ci publia, en 1862, l’édition en fac‑similé du fameux
Codex Sinaiticus découvert au monastère de Sainte-Catherine du Sinaï. Dans un article paru en septembre de la même année dans
The Manchester Guardian, Simonides se présenta comme l’auteur du
codex, qui s’avérait ainsi être un faux
23 ; par la suite, il put vendre à la Bibliothèque de Liverpool un
codex plus ancien que celui de Tischendorf comprenant l’Évangile selon saint Matthieu – un vrai‑faux cette fois‑ci. Dans
The Periplus of Hannon il citera le
Codex Sinaiticus parmi ses propres œuvres !
Tout compte fait, les succès de Constantin Simonides en Europe centrale et occidentale dans les années 1850 et 1860 étaient remarquables. À Paris, où il arriva à l’automne 1854 pour faire « des recherches […] aux manuscrits de la bibliothèque impériale
24 », il fut accueilli par Sainte-Beuve, l’helléniste Ernest Beulé, l’ancien ministre et secrétaire de l’Académie française Abel-François Villemain et le comte de Marcellus (1795–1865), ce diplomate qui se vantait d’avoir rapporté de l’Orient, en 1820, « l’ornement du Louvre, la plus belle statue antique qui soit en France, la
Vénus de Milo25 ». Dans une lettre à l’
Athenaeum français (23 février 1856, p. 156‑157), ce dernier prenait indirectement la défense du faussaire, dont l’arrestation venait d’être annoncée dans la même revue ; il confirmait l’avoir vu l’année précédente à Paris et le décrivait ainsi :
Il m’a paru très réservé dans ses paroles et ses démarches, peu sensible, à Paris du moins, à l’appât du gain, car je crois pouvoir affirmer qu’il n’a mis à aucun prix et offert à personne en France ses manuscrits vrais ou faux : il m’a semblé en outre mener une vie fort sédentaire au sein de notre capitale si agitée, et y développer, dans un grand isolement, son prodigieux talent de calligraphe, dont il m’a soumis de curieux spécimens. Triste, soupçonneux, vêtu constamment de noir, et d’un extérieur négligé, il ne parlait et ne comprenait d’autre langue que la sienne. Son attitude sombre et taciturne représentait pour moi un de ces hommes fantasques absorbés dans les mystères de la paléographie, ou mieux encore un de ces moines communs jadis dans nos abbayes bénédictines détruites, mais toujours rares dans les monastères debout du mont Athos, voisin de Stagire, que M. Simonidès a longtemps habité. J’ai pensé plus d’une fois que, par un tempérament d’une nature dont il n’offre pas le seul exemple, il avait poussé jusqu’à ses dernières limites la frénésie du manuscrit et l’étude du parchemin
26.
C’est probablement aussi cette allure étrange de moine orthodoxe, « triste, soupçonneux, vêtu constamment de noir et d’un extérieur négligé », ainsi qu’il apparaît dans le seul portrait que nous possédions de lui, qui a contribué à sa crédibilité de fantasque érudit oriental aux yeux des orientalistes occidentaux. Par ailleurs, l’idée qu’« il ne parlait et ne comprenait d’autre langue que la sienne » fait partie de sa propre mise en scène
27, car non seulement il a pu, peu après, publier des ouvrages en anglais et en allemand, tenir une correspondance et donner des conférences au moins dans ces deux langues, mais il a pu aussi se servir systématiquement dans ses documents inventés d’éditions francophones, anglophones et germanophones de manuscrits, et il avait même tendance à emprunter pour ses textes antiques des phrases à des langues européennes modernes.
En Europe, Simonides a su exploiter de manière spectaculaire la chasse aux manuscrits qui faisait rage au xixe siècle. Si les musées nationaux s’enrichissaient en premier lieu d’antiquités confisquées en Orient, les bibliothèques publiques se procuraient de rares manuscrits qui étaient indispensables à tous les représentants de l’
Altertumswissenschaft : archéologues, philologues, historiens. « L’écrit est une source plus précise que les antiquités », affirmait à l’époque l’archéologue Ernst Curtius. Et l’archéologue grec Stéphane Coumanoudis interprétait ainsi les pratiques revendicatrices des Occidentaux :
Les Européens pensent – et ils l’ont déclaré à plusieurs reprises – qu’ils font bien de piller toute sorte d’antiquités en Grèce, manuscrits, sculptures, inscriptions, monnaies, vases, ustensiles, etc., pour enrichir leurs musées et leurs bibliothèques, car ce faisant, disent‑ils, ils permettent de mieux connaître, étudier et interpréter les œuvres remarquables de nos ancêtres, de faire en sorte qu’un grand nombre de personnes célèbrent l’ancienne nation hellénique et de servir l’humanité, tandis que, si les antiquités restaient chez nous, elles ne seraient qu’un trésor inexploré et négligé, puisque nous ne disposons ni d’hommes capables de les étudier et de les interpréter, ni de moyens pour les exposer convenablement dans des musées, après qu’elles ont été retirées du fond de la terre […]
28.
En effet, la mise en valeur du patrimoine archéologique et historique européen et l’exercice d’une politique patrimoniale de la part des États européens allaient de pair avec le marché des reliques du passé, y compris le trafic illégal des antiquités ; à côté des marbres grecs, livres et manuscrits gagnaient également en valeur. Dans les premières décennies du xixe siècle, l’achat, voire la soustraction, de manuscrits conservés dans les monastères du mont Athos, de Patmos, du Sinaï, etc., était une affaire courante, reliée le plus souvent à des recherches spécifiques. Ainsi, en 1837, la Bibliothèque royale de Paris fit l’acquisition d’un manuscrit du xiiie siècle, contenant des textes de géographes grecs mineurs, ce qui renouvela l’intérêt pour la géographie historique et ses sources
29. Peu après, Constantin Mynas Minoïde, un Grec de Paris au service du ministre de l’Instruction publique Abel-François Villemain, réussit à mettre la main, au cours d’une mission spéciale, sur quelque deux cents manuscrits, soustraits pour la plupart à des bibliothèques du mont Athos, dont quelques feuilles du précieux
Codex Vatopedinus 655 contenant des textes de la géographie de Ptolémée et de Strabon
30. Contrairement à Constantin Simonides, Mynas Minoïde contribua ainsi à l’enrichissement des collections nationales de France.
Si l’odyssée du faussaire en Occident est déjà devenue légendaire, ses aventures dans le monde orthodoxe et musulman restent beaucoup moins connues
31 ; il a réussi à tromper les plus grands spécialistes de son temps et à vendre ses faux aux plus célèbres bibliothèques de l’Europe. Quid de son séjour dans le petit royaume de Grèce, où, comme le signalait le journal
Athéna, il avait exhibé des
Iliade, des
Odyssée et des vers dorés de Pythagore ?
Ayant passé deux ou trois ans de sa jeunesse (1837–1840) dans les monastères du mont Athos auprès de son prétendu oncle Benedict, supérieur du monastère russe de Saint-Pantéléimon
32, Simonides n’avait pas seulement acquis, en même temps qu’une expérience considérable des écritures grecques, la capacité de les reproduire, mais il ne se priva pas, lui non plus, d’enlever vingt et une feuilles au manuscrit
Vatopedinus 655 − qu’il vendit plus tard au Musée britannique −, ainsi que des feuilles ou des bouts de feuilles de parchemin blanches, qu’il utilisait pour les remplir de ses propres textes. En outre, il prétendait posséder une collection de cent cinquante manuscrits faisant partie, selon ses dires, d’un « trésor » de parchemins qu’il aurait découverts dans une cavité, dans une grotte ou dans un coffre − ses récits varient − au mont Athos, suivant les instructions de son oncle moribond
33. C’est pendant cet apprentissage religieux et paléographique que Simonides copia le
Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine de Denys de Fourna qu’il vendit plus tard à Paul Durand et dont il prépara en 1853 une édition propre en ajoutant certains détails piquants : le peintre grec Manuel Panselinos aurait inventé au vie siècle l’héliotypie, un procédé photographique que Didron aurait intentionnellement omis de l’
editio princeps de 1845, pour ne pas contrarier l’inventeur de la photographie, Louis Daguerre
34.
Avant de lancer le débat sur l’authenticité de son « trésor » patrimonial, Simonides s’était imposé dans les cercles russophiles et para-ecclésiastiques de l’Asie Mineure et du nouveau royaume de la Grèce. En tant que protégé de Roxandra Edling et de son frère Alexandre Sturdza, ancien conseiller du tsar Alexandre Ier, engagé au congrès de Vienne auprès du futur gouverneur de la Grèce Capodistria
35, il avait vécu en Russie, puis à Constantinople et à Smyrne/Izmir dans des milieux proches du Patriarcat œcuménique. Edling aurait financé ses études à Odessa. Il déclare qu’entre 1842 et 1846 il avait obtenu son titre de docteur à l’université de Moscou et qu’il avait édité sept ouvrages, dont l’édition exemplaire de l’
Épître de Barnabé (1843), qui n’était qu’une reproduction de l’édition classique. Les activités de Simonides en relation avec les Sturdza, propagateurs d’un mysticisme oriental, ne sont pas mentionnées dans l’ouvrage polémique du théologien Alexandre Lykourgos,
Enthüllungen über den Simonides-Dindorfschen Uranios. Se rendant enfin à Athènes en 1846, Simonides se joint au mouvement provoqué contre le missionnaire américain Jonas King, accusé de prosélytisme et finalement expulsé du pays. Dans une série d’articles polémiques publiés dans le journal russophile
Aion (1847) il n’hésita pas à impliquer King dans des « orgies » qu’il confirmait en tant que témoin oculaire
36.
Dans un premier temps, Constantin Simonides s’apprêta à vendre au roi Othon, pour la Bibliothèque nationale de Grèce alors en formation, une centaine de ses manuscrits contenant des textes totalement inconnus des hellénistes. Les parchemins simonidiens renfermaient des œuvres d’auteurs classiques, Homère, Hésiode, Ménandre, Polybe et plusieurs autres, moins célèbres, ainsi que des textes inédits dans des manuscrits qu’il aurait hérité de son oncle Benedict ou découverts lui‑même dans la fameuse grotte du mont Athos. Il prétendait que c’était une question de patrimoine national. Si le gouvernement ne s’intéressait donc pas à la préservation et la mise en valeur de ces manuscrits précieux, il menaçait de les vendre à des touristes anglais – il finit d’ailleurs par les vendre, quelques années plus tard, à Sir Thomas Phillips
37.
Ce n’est pourtant pas tellement les impudences du jeune Simonides, mais surtout l’implication de la presse conservatrice dans le débat qui impressionne le lecteur contemporain. Avant qu’un premier comité de savants ne fût convoqué par le ministère de l’Éducation pour examiner les échantillons de parchemins qui leur seraient parvenus, les journaux russophiles et nationalistes (
Aion,
Elpis,
Mnémosyni et
Amaltheia de Smyrne) annonçaient des découvertes saisissantes dans ces textes inédits : des preuves que la poudre noire, le bateau à vapeur, le papier, les canons avaient été inventés par les Grecs bien avant l’époque moderne, de même que l’écriture et les hiéroglyphes. Toutes ces sources ignorées en Occident démontraient de mille manières différentes la supériorité de la nation hellénique ; elles glorifiaient le génie grec qui n’avait jamais cessé de produire des miracles, même pendant l’âge sombre de l’Antiquité tardive et du Moyen âge.
Par voie de conséquence, l’acquisition des parchemins simonidiens par l’État grec devenait une question nationale. L’importance de l’enjeu se reflète dans les controverses des comités de savants. Il y en eut au moins trois : le premier était composé de théologiens et de juristes, le deuxième de professeurs de l’Université othonienne (philologues, philosophes, théologiens) ; au troisième participèrent également des hellénistes, des théologiens et des historiens de l’art
38. Les membres de ces commissions siégèrent plusieurs fois, mais ils ne furent pas unanimes sur la valeur des parchemins. Toutefois, leur jugement ne fut pas communiqué. Un épisode éloquent est rapporté dans le journal qui annonça la « seconde » mort de Simonides en Angleterre :
Among his [Simonides’] exploits was the presentation to a committee of scholars at Athens of a manuscript of Homer written on lotus leaves which he asserted belonged to a date anterior to the Christian era. Eleven of the 12 members of the committee were convinced of the authenticity of the document, but the twelfth discovered that it was a faithful copy of the text of Homer as published by the German critic Wolf, and that the manuscript reproduced the whole of the printers’ errors in this edition
39.
Le douzième membre du comité qui avait reconnu dans le manuscrit de Simonides l’édition de Wolf ne pouvait être autre que le latiniste et archéologue Stéphane Coumanoudis (1818–1899), qui s’était prononcé dès le début contre l’acquisition du « trésor » simonidien, en accusant son propriétaire d’escroquerie. Son rapport détaillé, adressé le 2 janvier 1849 au ministre de l’Éducation Callifrona, est le seul qui nous soit parvenu
40 ; il transmet une version un peu différente de celle qui est rapportée par
The Times de Londres. Profondément touché par les absurdités émanant tant du faussaire que de la presse contemporaine, conscient de son rôle de pédagogue et de scientifique fidèle à la vérité, Coumanoudis se lança dans un combat acharné contre son adversaire
41. Celui‑ci le poursuivit en justice, en 1850, et se vanta d’avoir publié un pamphlet contre lui en Russie
42.
Coumanoudis, formé à Munich, à Berlin et à Paris par les plus grands hellénistes de son temps et l’un des rares connaisseurs de la philologie de l’édition à Athènes, en mesure de vérifier si les textes originaux de Simonides correspondaient à des éditions déjà existantes, constatait dans son exposé qu’il n’y avait rien de notable ni d’inédit dans ces manuscrits, qui étaient tous faux et récents
43. Il signalait que, tout au contraire, ils comportaient des anachronismes et des solécismes frappants, calquaient des éditions classiques, reproduisaient des textes byzantins, présentaient des écritures inconnues et étranges, et inventaient des noms propres et des toponymes singuliers : ainsi, le texte homérique reprenait des inscriptions erronées de Michel Fourmont et de Ioannis Petritsopoulos corrigées par August Böckh dans le
Corpus inscriptionum ; le manuscrit d’Hésiode (
La Théogonie,
Les Travaux et les Jours,
Le Bouclier d’Héraclès) suivait l’édition de Göttling, mais avec quelques fautes d’orthographe, et le manuscrit d’Anacréon contenait des vers anacréontiques byzantins dans l’ordre de l’édition de Richard Brunck. Par ailleurs, les textes inconnus étaient illisibles et l’écriture boustrophédon était utilisée dans un texte d’Hésiode daté du iiie siècle. Quant à la qualité naturelle des parchemins et de l’encre, elle trahissait leur jeune âge. Le bilan était accablant pour l’aspirant vendeur et anticipait toutes les critiques de l’œuvre simonidienne exprimées depuis lors, autant par ses adversaires allemands du xixe siècle que par Luciano Canfora et Luciano Bossina plus récemment
44. Et pourtant non ! La victoire du philologue n’était pas encore définitive.
Car la question était très délicate. Le royaume devait investir dans son passé, ne fût‑ce que pour donner satisfaction aux puissances protectrices qui avaient béni la création d’un nouvel État-nation aux confins de l’Empire ottoman et facilité la formation d’un patrimoine archéologique qui appartenait avant tout à l’Europe. Que représentait en effet la notion de patrimoine, forgée à la fin des années 1820, dans la Grèce des années 1840 ? L’idée était encore assez confuse. Si l’enlèvement de la Vénus de Milo en 1820 avait été déclaré par le Comte de Marcellus comme « une conquête nationale » de la France, les Grecs, dépouillés assez systématiquement de leurs antiquités (il en fut ainsi des marbres du Parthénon, démontés par Elgin en 1801–1802 ; des marbres enlevés du temple d’Aphée à Égine en 1811 et récupérés par le roi Louis Ier de Bavière pour sa future glyptothèque ; de la frise du temple d’Apollon à Bassae détachée en 1812 par Charles Robert Cockerell et vendue au Musée britannique, etc.), n’avaient longtemps eu aucune conscience du crime perpétré envers leurs biens culturels. Les antiquités de l’État grec furent reconnues par la loi de mai 1834 − une des premières lois en Europe, établie par le régent Georg von Maurer, sur la sauvegarde et l’usage des anciens monuments comme de biens nationaux
45. Quant au trafic illégal d’antiquités, il ne fut déclaré comme un délit que beaucoup plus tard, dans les années 1880, sous le néologisme αρχαιοκαπηλία.
Or, la chasse aux manuscrits était bien plus difficile à contrôler. En 1807, Adamantios Koraïs, offensé par le pillage du monastère de Patmos par Edward Daniel Clarke, s’était prononcé pour la sauvegarde des manuscrits conservés dans les grands monastères d’Orient et avait proposé la rédaction d’un inventaire de tous les manuscrits des bibliothèques du monde hellénophone
46. Pourtant, à la différence des marbres, les manuscrits n’ont jamais connu d’« originaux », ils n’étaient que des copies faites au Moyen âge par des scribes − d’où les efforts des philologues du xixe siècle, qui épurèrent les textes de leurs interventions postérieures afin de parvenir au plus près de la source. Avant le développement de la paléographie et de l’édition critique élaborée par Karl Lachmann, distinguer les manuscrits « originaux » des copies erronées ou des faux demandait des connaissances spécialisées de philologue-paléographe.
Mais ces spécialistes étaient particulièrement rares dans le Sud‑Est européen. Qui étaient donc tous ces gens convoqués par le gouvernement grec, étaient‑ils capables de juger de l’authenticité des manuscrits que possédait Simonides ? Voici ce que demandaient les journaux athéniens qui se voulaient favorables à celui qui se présentait comme un érudit et un expert dans ce domaine. Les universitaires étaient‑ils compétents en toute matière, en paléographie comme en évaluation d’anciens manuscrits ? Le ministère ne devrait‑il pas plutôt s’adresser aux savants de la Société archéologique d’Athènes, au vieux philologue corfiote André Moustoxydis (1785–1860) ou plutôt aux spécialistes allemands ? On proposait à l’État d’accorder une bourse à Simonides et de lui emprunter les parchemins pour ne pas courir le risque de perdre pour toujours cet inestimable trésor (
Elpis, 13 janvier 1849, 19 janvier 1849) ; on suggérait la création d’une société dévolue à l’étude des manuscrits, qui financerait les projets éditoriaux du jeune homme avec l’aide de philanthropes de la diaspora et de philhellènes, et qui l’encouragerait à confier ses manuscrits à la Bibliothèque nationale (
Aion, 26 janvier 1849). La question du patrimoine archéologique se posait ainsi dans toute son ampleur et dans toute sa gravité : la philologie se trouvait prisonnière de la politique.
Pendant des mois, les journaux athéniens communiquèrent ainsi des fragments des manuscrits simonidiens, tandis que leur prétendu propriétaire dénonçait des tentatives de vol
47. Lorsque, en dépit de la campagne de la presse nationaliste, le ministère de l’Éducation rejeta l’offre de Simonides, celui‑ci abandonna l’affaire de vente des anciens manuscrits et se lança dans leur édition. La
Symais, soi‑disant l’œuvre de l’an 1236 du moine « Mélèce de Chios », publiée en 1849 dans une édition bien documentée, met en valeur une École philosophique de l’île de Symi – comme par hasard, le lieu d’origine de l’éditeur –, consacrée depuis le ive siècle apr. J.‑C. à Apollon. Les membres de cette école, qui seraient restés actifs jusqu’au xiie siècle, auraient inventé le papier, le télescope, l’estampe, le bateau à vapeur, la poudre noire, la cloche à plongeur et d’autres techniques modernes ; ils auraient cultivé les arts, la peinture, la sculpture, l’architecture, la chimie, l’alchimie, etc. L’éditeur cite parmi ses sources sur l’île de Symi Strabon, Diodore, Étienne de Byzance, Eustache de Thessalonique, ainsi que des auteurs fictifs comme Eulyros, Charmos et Laostéphos. Néanmoins, plusieurs de ces inventions étaient puisées dans l’ouvrage de Louis Dutens,
Recherches sur l’origine des découvertes attribuées aux modernes (1766). Cette coïncidence fut révélée par Coumanoudis dès 1850 dans un journal grec, puis en août 1857 dans le journal allemand
Augsburger Allgemeine Zeitung à la suite du scandale d’Uranius
48.
Pour attester la véracité de son projet, Simonides y ajouta une inscription pélasgienne, une lettre et la signature du prétendu Mélèce, ainsi que deux bulles d’or des empereurs byzantins Théodose le Petit et Michel, qui témoignent de son talent de calligraphe et de fantaisiste
49. Le soi‑disant texte médiéval était pourvu d’une longue introduction de l’éditeur, d’un répertoire alphabétique des noms cités, du testament de Mélèce et de la vie d’Eulyros, rédigée par un certain Nicéphore Dédale de Corfou, qui annonçait le prochain exploit de Simonides, la
Géographie de Céphalonie
50. L’imitation d’une édition critique, avec des notes, des références, des corrections, des détails sur les proportions des bulles d’or, sur les taches des manuscrits, etc., au moment où Lachmann inaugurait en Allemagne l’ecdotique, avait un effet particulier sur les amateurs ; en outre, ceux‑ci étaient ravis de découvrir le génie de leurs ancêtres byzantins, bien avant l’inscription de l’époque byzantine dans l’« histoire de la civilisation hellénique » par Constantin Paparrigopoulos. Ainsi, sur le plan idéologique, le faussaire s’avéra un pionnier de la mythologie grecque moderne du xixe siècle.
Cependant, son édition originale provoqua les railleries des hommes de lettres − comme le fit Alexandre Rangabé dans une longue série d’articles parus dans la revue
Pandora51 − qui, malgré l’état encore rudimentaire de la paléographie et des études byzantines, remarquaient que le langage de Mélèce était trop proche du grec du xixe siècle ; que ses philosophes chrétiens orthodoxes exerçaient les beaux‑arts, s’appelaient Télémaque, Péristrate et Périclès, et se suicidaient parce que l’empereur Théodose n’avait pas voulu répondre à leurs lettres. Ils comptaient une à une les fautes de grammaire, les divagations, les absurdités et les extravagances du fraudeur
52.
En dépit de la critique, Simonides annonça bientôt deux autres éditions,
Byzantis du même auteur inconnu
53, et la
Géographie de Céphalonie d’un certain Eulyros, totalement absent de la bibliographie constituée, qui contenait des toponymes imaginaires de l’île ionienne. Ici, l’idée était de relier l’espace réel au patrimoine. L’auteur étalait son talent en décrivant des lieux, des ports, des villes et des villages qui n’avaient jamais été mentionnés par les géographes et qui répondaient aux noms bizarres d’Aaxavoulia, Aapsychra, Aakamfoi, Aanadoi, Aarakloi, Mythadora, etc., proches plutôt des noms mexicains que grecs ; il représentait des fêtes et des rites mystérieux (Pikrogamia, Gamostolia, etc.), des mœurs excentriques et d’autres fantaisies dignes d’un Jules Verne
54. Ce projet « national » n’était pas moins opportuniste, étant donné qu’à la suite d’insurrections qui avaient éclaté à Céphalonie contre le régime britannique, un grand nombre de réfugiés politiques avaient quitté l’île pour s’installer justement à Athènes. L’édition de la
Géographie avait également une apparence scientifique, son modèle éditorial était évident. Cette fois, la critique se généralisa. Simonides avait osé dédier son livre précédent,
Symais, à l’helléniste André Moustoxydis ; celui‑ci publia alors dans la presse sa réponse à la dédicace : il vantait très poliment le talent romanesque de l’auteur/éditeur et le priait de ne plus s’occuper de la philologie ni de son histoire
55. Quelques mois plus tard, Simonides avait disparu de la Grèce.
En somme, dans le petit royaume de Grèce, où l’on avait hâte d’établir un patrimoine national et où la discipline philologique était encore rudimentaire, le faussaire avait un large champ d’action. Constantin Simonides fut pour la Grèce un inventeur du patrimoine ancien et médiéval. Il n’a pu tromper pourtant que quelques centaines de lecteurs naïfs, des fanatiques et des ignorants. Dans un pays où l’analphabétisme se montait à 85 % de la population, où l’université venait d’être fondée pour la première fois des Temps modernes, il n’avait réussi à vendre aucun manuscrit, tandis que les bibliothèques de Leipzig, de Vienne et de Liverpool conservent encore de faux manuscrits enregistrés sous son nom
56.
Le cas de Simonides fait partie de l’histoire des « faussaires et critiques » occidentaux, telle que l’a dépeinte Anthony Grafton
57. Il était particulièrement doué et, en raison de ses multiples talents, particulièrement dangereux. Il s’est servi de toutes les méthodes de la falsification et il en a inventé de nouvelles : il a soustrait des manuscrits à des monastères et les a vendus, intacts ou en y ajoutant des faux, à des collectionneurs et à des bibliothèques ; il a copié, reproduit, illustré des manuscrits ; il a fabriqué des palimpsestes ; il a édité ses propres fictions et il a refait des manuscrits à partir d’éditions existantes ; il a mis en valeur la méthode paléographique, mais en proposant de nouvelles interprétations des hiéroglyphes, de l’écriture pélasgienne et carienne tout en inventant de nouvelles langues. Enfin, il a exploité le culte des manuscrits et la valeur du patrimoine pour créer des sources qu’il a ensuite éditées à des fins politiques : il a su « toucher la corde sensible de chaque nation qu’il se proposait de tromper », ainsi que l’écrivait le journal athénien.
En ce siècle où se constituaient les disciplines des sciences humaines et sociales, Simonides était l’incarnation même de la culture orale. Le statut d’auteur, la propriété littéraire lui étaient autant de notions inconnues. Ainsi s’appropriait‑il tout naturellement des découvertes, des éditions, des discours étrangers par le biais de la traduction et du plagiat, de même qu’il attribuait ses propres fictions à des auteurs réels ou imaginaires dans un transfert permanent de biens culturels. Il s’inspirait de ses lectures et s’identifiait avec ses auteurs
58. En ce sens, sa pensée était impossible, car elle était à la fois nationaliste, transnationale et postmoderne
59.
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[Stéphane Coumanoudis],
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Footnotes
1Elpis 838, 1er février 1856.
2Athéna 2376, 17 février 1856.
3Voir la biographie romancée de Schaper 2011.
4Canfora 2007 ; Canfora (éd.) 2008 ; Canfora, Bossina (éd.) 2008 ; Canfora (éd.) 2009° ; Canfora (éd.) 2009b ; Canfora 2010a ; Canfora 2010b ; Canfora 2011 ; Canfora (éd.) 2012.
5Bossina 2008a. Pour un résumé de l’argumentation, voir Canfora 2017.
6Hammerstaedt 2017.
7Schaper 2011 ; Berger 2017, p. 134.
8Müller
et al. 2017
. Voir en particulier l’annexe qui contient une tentative de Lilia Diamantopoulou de recomposer la vie de C. Simonides, Diamantopoulou 2017b.
9[Simonides] 1853a ; Stewart 1859. Sur le cas Charles Stewart, voir Masson 1994, p. 372 et Pinto 2017, p. 116‑117.
10The Guardian, 21 janvier 1863, in Diamantopoulou 2017b, p. 305.
11« I was born in the year 1820, November the 5th, on Sunday, the sixth hour before noon » (
The Guardian, 21 janvier 1863) ; Stewart 1859, p. 2: « Constantine L. Ph. Simonides was born in the island of Hydra in the year 1824, on the 11th of November, about the hour of sunrise », etc. ; voir Diamantopoulou 2017b, p. 306‑307.
12Müller 2017, p. 299 : « I have just received a letter from Alexandria of Egypt announcing the death from leprosy of the well known Dr. Constantine Simonides, which has taken place there at the end of last month » ; notons que l’expéditeur de la lettre est lui aussi devenu célèbre pour ses faux titres de noblesse révélés par Legrand 1895. Voir Pinto 2017, p. 123‑124 et Diamantopoulou 2017b, p. 322‑324.
13« Simonides, the notorious Greek manuscript forger, has just died in a little town in Albania. For many years past he had a most remarkable career, and as a forger of Egyptian and Syrian antiquities he stands without an equal » (
The Times, 18 octobre 1890), Pinto 2017, p. 123‑124.
14Canfora 2008, p. 62 et 123 ; Pinto 2017, p. 123‑124.
15Voir Elliott 1982 ; Masson 1994 ; Maraglino 2008, p. 462‑463 ; Pinto 2017 et Berger 2017.
16L’article d’Andreas Mordtmann, intitulé « Des Simonides literarische Schwindeleien », fut d’abord publié dans l’
Allgemeine Zeitung d’Augsbourg le 28 novembre 1853, puis il fut traduit en français par Ludovic Lalanne dans
L’Athenaeum français (10 décembre 1853), sous le titre « Les fourberies d’un Grec dévoilées, ou avis aux bibliothécaires, aux amateurs de manuscrits, etc. », et en anglais dans
The Athenaeum de Londres (23 février 1856).
L’Athenaeum français est revenu au cas du Grec en 1855 (« Fabrication de manuscrits grecs », IV, p. 22‑23) et en 1856 (V, p. 255 et 381), Masson 1994, p. 369 ; Canfora, Bossina 2008, p. 123‑138 et Pinto 2017, p. 110. Sur les affaires de Simonides en Angleterre, voir Pinto 2017.
17Canfora 2008, p. 61.
18En Grande-Bretagne ont paru, entre autres, ses ouvrages :
Επιστολιµαία περί ιερογλυφικών γραµµάτων διατριβή: A Brief Dissertation on Hieroglyphic Letters, Londres, David Nutt, 1860 ;
Fac‑similes of Certain Portions of the Gospel of St. Matthew, and of the Epistles of Ss. James and Jude etc., Londres, Trübner, 1861 ;
Concerning Horus of Nilopolis. The Hierogrammatist of His Native Place, Son of Ammouthis and Thessais, Londres, Trübner, 1863 ;
The Periplus of Hannon, Londres, Trübner, 1864 (avec une liste de ses publications) ;
Λείψανα ιστορικά [Vestiges historiques], Liverpool, David Marples, 1864.
19Cette édition préliminaire,
Uranii Alexandrini. De regibus Aegyptiorum libri tres, qui circula le jour même de l’arrestation de Simonides à Berlin, fut immédiatement retirée des librairies et représente depuis un livre rarissime, voir Pinto 2017, p. 114. Voir le compte-rendu d’un article paru dans l’
Allgemeine Zeitung d’Augsbourg (février 1856) dans le « Dossier sur le faussaire Constantin Simonides », Ms 7455, Institut de France, voir Masson 1993. Je tiens à remercier Vivi Perraky de m’avoir procuré une reproduction de ce rapport.
20Voir Lykourgos 1856 et le journal
Athéna, 17 février 1856.
21Berger 2017.
22Simonides 1856 ; Simonides 1857.
23The Manchester Guardian, 3 septembre 1862 : « You must permit me to express my sincere regret that, whilst the many valuable remains of antiquity in my possession are frequently attributed to my own hands,
the one poor work of my youth is set down by a gentleman who enjoys a great reputation for learning, as the earliest copy of the Sacred Scriptures », Elliott 1982
.
24Voir la lettre de recommandation du 18 octobre 1854, signée de Sainte-Beuve (?), que publie Masson 1994, p. 371, suivant l’ouvrage du faussaire
Ορθοδόξων Ελλήνων θεολογικαί γραφαί τέσσαρες [Quatre écrits théologiques de Grecs orthodoxes], Londres, Nutt, 1858.
25Marcellus 2006, p. 119 ; pour les noms cités ici, voir Stewart 1859, p. 12.
26Voir Masson 1994, p. 374‑377.
27Voir Stewart 1859, p. iv : « Simonides is but very slightly acquainted with modern languages, and his knowledge of modern customs is even still more limited ».
28Matthaiou 1999, p. 186, no 84.
29Voir Canfora 2008, p. 445‑446.
30Omont 1916, p. 368, 377, 403 ; Canfora 2008, p. 447‑448.
31Voir pourtant la publication récente en grec de deux ouvrages qui traitent du sujet : Mykoniati 2014 et Siniosoglou 2016 ; Diamantopoulou 2017a, p. 27‑51 et Mitsou 2017.
32Stewart 1859, p. 4.
33« I also visited Mount Athos in 1837, in which year the discovery of the library took place. I remained fourteen months at Mount Athos increasing my theological knowledge under my uncle, at the same time studying, scientifically, paleography and archaeology »,
The Guardian, 21 janvier 1863, voir Diamantopoulou 2017b, p. 310.
34[Fourna] 1845, p. xxvi : Le scribe « avait même poussé le scrupule jusqu’à donner aux têtes de chapitres et aux lettres majuscules la forme et la couleur qu’ils ont dans l’original », Simonides 1853 ; dans l’édition de 1885, il n’est plus question d’héliotypie ;
Pandora 23, février 1851, p. 553‑555.
35Ghervas 2008.
36« Τα όργια » [Les orgies],
Aion 794, 16 juillet 1847 ;
The Missionary Herald, novembre 1847. Sur l’implication de Simonides dans ce scandale, voir Stewart 1859, p. 10 et surtout l’étude de Bossina 2017.
37« Die k[önigliche] griechische Regierung erachtete es damals als ihre Pflicht, mehrere Kommissionen von gelehrten Männern niederzusetzen, denen Simonides seine handschriftlichen Schätze vorzuzeigen hatte zum Behuf des Ankaufs, falls sie ächt anerkannt sein würden. Dieser Schritt der Regierung war um so nöthiger, als Simonides schon drohte, seine Inedita an englische Touristen verkaufen zu wollen, und einige Landeszeitungen des Menschen sich besonders annahmen, wie namentlich Äon und Elpis ». Cette lettre d’un « Universitätsprofessors in Athen » et « geborenen Griechen » est datée du 3[15] février 1857, donc avant la révélation de l’affaire Uranius (
Augsburger Allgemeine Zeitung 38, 18 août 1857) ; Mitsou 2017, p. 71‑72.
38Sont évoqués les noms des universitaires suivants : Théodoros Manoussis, S. A. Coumanoudis, Philippos Ioannou, Théoklitos Pharmakidis, Konstantinos Asopios, Neophytos Vamvas, Ioannis Venthylos, Grigorios Papadopoulos ; voir les articles concernant les « Manuscrits de M. Constantin Simonides » dans les journaux
Aion 929 ; 1er janvier 1849 ;
Athéna 1561, 17 janvier 1849 et 1562, 20 janvier 1849 ;
Elpis 502, 19 janvier 1849 et 2026 ;
Nea Hellas, 20 janvier 1849.
39The Times, 18 octobre 1890 ; Pinto 2017, p. 124.
40Bibliothèque nationale de Grèce, Fonds SAC, dossier 2 (1104) 111 et 32 (1146) 1.
41Dans son journal, Coumanoudis écrivait le 15 décembre 1848 : « In commissione ad examinandos libros Simonidis iterum ego peculiari scripto convocatus sum vidique quantum ordinis atque scientiae in talibus nobis deficiat. Sine aliquo ordine processimus et hodie frustra profecti sumus in ministerium. Simonides delusit nos nam posterior venit.‑ Tandem vici ego hunc homuncionem ! », Matthaiou (éd.) 1990, p. 107.
42Elpis 581, 1er juillet 1850, p. 2349-2360 ; Simonides 1853c (ouvrage non répertorié).
43« Nun ist bei uns notorisch bekannt, daß seine der letzten Kommission vorgelegten Handschriften (Hesiod, zwei Blätter von Homer, Anakreon, Pythagoras’ Goldene Sprüche, Excerpte aus einem geographischen Lexikon,
Symais oder Geschichte der einst auf Syme (!) blühenden Künste und Wissenschaften; nichts von Menander, Arrian usw.) nach genauer und sorgfältiger Untersuchung sammt und sonders als falsche verdammt und aufgegeben wurden. Die wissenschaftlichen Gründe dieser Verdammnis, sprachliche sowohl als fachliche, sind aufgezeichnet in einem langen Bericht, der in den Archiven des Ministeriums des Kultus und des öffentlichen Unterrichts aufbewahrt ist » (
Augsburger Allgemeine Zeitung 38, 18 août 1857). À Paris, Benoît Hase s’était aussi écrié en examinant les manuscrits de Simonides : « Ils sont âgés de trois ans et demi ! » ; voir
Athenaeum français, 5 janvier 1856, p. 115 ; Masson 1994, p. 373, no 28.
44« sein angeblich uralter Anakreon, trotz der cylinderförmig gewickelten Blätter und der mikroskopischen Majuskel, doch den Text der Gedichte nicht anders als genau nach der Reihenfolge und den Lesearten der Brunck’schen Ausgabe [
Anacreontis Carmina, éd. Richard Franz Philipp Brunck, 1786] enthielt, bis auf die ein‑ und zweiversigen Fragmente! » (
Augsburger Allgemeine Zeitung 38, 18 août 1857).
45Kokkou 2009.
46Adamantios Koraïs, lettre du 22 juin 1807 à Alexandre Vassileiou, voir Koraïs 1966, p. 394‑396.
47Aion 935, 26 janvier 1849, p. 1‑2 ;
Elpis 504, 31 janvier 1849, p. 2035-2036 ;
Aion 940, 12 février 1849, p. 3.
48Nea Hellas, 27 mai 1850 ; « Zu was dem Simonides dieses Buch behülflich war, werden diejenigen sagen können, welche sich die Mühe geben wollen, die ebenerwähnte
Symais zu durchblättern. Dort werden sie in einem chaotischen Wirrwarr alle die neueren Entdeckungen, bis auf die Daguerreotypie aufgezeichnet finden, mit der lächerlichen Angabe: sie hätten in sehr alten Zeiten schon geblüht auf der sonst unscheinbaren kleinasiatischen Insel Syme, dem Geburtsorte des Menschen, der uns beschäftigt » (
Augsburger Allgemeine Zeitung 38, 18 août 1857).
49Les bulles d’or avaient été déjà dénoncées comme étant fausses par l’auteur anonyme d’un article de journal, « Τα χειρόγραφα του κ. Κωνσταντίνου Σιµωνίδη [Les manuscrits de M. Constantin Simonides] »,
Athéna 1561, 17 janvier 1849 et 1562, 20 janvier 1849.
50« Προλεγόµενα του εκδότου [Prolégomènes de l’éditeur] », p. V-LXXXVIII, « Αναπλήρωσις ή Λεξικόν των εν Συµαΐδι αναφεροµένων κυρίων ονοµάτων ως υπεσχέθην ηµίν [Supplément ou Dictionnaire des noms propres cités dans
Symais, comme promis] », p. 61‑174.
51Pandora 26, mai 1851, p. 621‑627 ;
Pandora 23, février 1851, p. 551‑555 ;
Pandora 24, mars 1851, p. 565‑573 ;
Pandora 25, avril 1851, p. 595‑602.
52Voir
Nea Hellas, 28 mai 1849. Comme l’écrivait le même critique dans sa lettre à l’
Augsburger Allgemeine Zeitung :
« Doch müssen wir hier ausdrücklich bemerken, dass der Kommission kein Hermas und überhaupt keine Palimpseste vorgelegt wurden, wie dies jetzt in Leipzig geschehen zu sein scheint. Simonides hatte indessen schon früher seine sogenannte
Symais und später die Excerpte aus Ευλύρου
Κεφαλληνιακών, angeblich aus alten Manuskripten herausgegeben, die alsbald nach ihrer Erscheinung von der Kritik als grobe Betrügerei nachgewiesen wurden
» (
Augsburger Allgemeine Zeitung 38, 18 août 1857).
53Le titre faisait allusion à une édition vénitienne de 1767, voir Legrand 1928.
54Pandora 24, mars 1851, p. 565 ;
Nea Hellas, 7 mai 1850 ;
Nea Hellas, 27 mai 1850.
55Moustoxydis 1850 ;
Nea Hellas, 12 août 1850 ;
Pandora 11, septembre 1850, p. 263.
56« Endlich sehen wir Simonides in Deutschland fungieren, und diesmal, wie es scheint, mit mehr Glück für seinen Beutel, doch wohl nicht zum Frommen der Wissenschaft
» (
Augsburger Allgemeine Zeitung 38, 18 août 1857).
57Grafton 1990. Sur le faux au xixe siècle, voir l’article de Julien Schuh,
https://serd.hypotheses.org/876 , consulté le 27 mai 2023.
58Canfora 2017, p. 254.
59Je tiens à remercier Danielle Morichon pour sa relecture bienveillante du texte et ses remarques précieuses.
Author
- Marilisa Mitsou
Marilisa Mitsou is Director Emerita at the EHESS (GEHM, CRH). From 1997 to 2019, she has taught Modern Greek studies at the LMU Munich. Her research focuses on the cultural history of Greece (18th–21st centuries), cultural transfers between Greece, France and Germany, historiography and memory. She co-edited Hellas verstehen : Deutsch-griechischer Kulturtransfer im 20. Jahrhundert (Böhlau, 2010), Die Okkupation Griechenlands im Zweiten Weltkrieg: Griechische und deutsche Erinnerungskultur (Böhlau Verlag, 2015) and La Biographie revisitée. Études de cas et questions méthodologiques (CRH, 2019).
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History of Greece (1846–1856) and Droysen’s
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